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Galion 2 : Lettre ouverte à Ségolène ROYAL

Le président d’honneur de l’Assaupamar a adressé le 13 janvier 2017 une lettre ouverte à la Ministre de l’Environnement de l’Energie et de la Mer. Il y revient sur le projet Galion 2 d’Albioma.

 

Monsieur Garcin MALSAPrésident d’honneur de l’association écologiste ASSAUPAMAR

Maire Honoraire de Saint-Anne, Martinique

Membre du secrétariat NOU PÈP LA

contact@garcin.malsa.com

 

 Madame Ségolène ROYAL

Ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer

Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer

Hôtel de Roquelaure – 246 boulevard Saint-Germain

75007 Paris

 LA MARTINIQUE, La GUADELOUPE ET MARIE-GALANTE FONT FRONT COMMUN CONTRE ALBIOMA
Lettre ouverte à Madame la Ministre de l’Environnement de l’Énergie et de la Mer Ségolène Royal

Le 13 janvier 2017,

Objet : Opposition de la Martinique, de la Guadeloupe, et de Marie-Galante aux menaces environnementales induites par les centrales thermiques d’Albioma

Madame la Ministre,

En ma qualité de Président d’honneur de l’ASSAUPAMAR, organisation pionnière du développement durable dans les Antilles, et en tant qu’élu de la Martinique depuis près de 30 ans, je tiens à porter à votre attention les graves difficultés que posent et vont poser le projet d’usine thermique Galion 2 en Martinique ainsi qu’un projet similaire associé à l’usine sucrière de Marie-Galante en Guadeloupe, tous deux portés par Albioma.

En son temps, vous avez défendu et autorisé l’implantation de l’usine de cogénération thermique du Galion, apportant votre confiance à la prétendue transition énergétique vantée par la société Albioma à partir de bois importé, solution qui s’avère être des plus pénalisantes écologiquement, économiquement, socialement et sanitairement. C’est sur cette base que la même société Albioma s’est crû autorisée voire encouragée à s’implanter à Marie-Galante, en Guadeloupe, en utilisant la même technologie.

Depuis plus de 2 ans nous militons pour l’arrêt du projet Albioma 2 en Martinique, multipliant les mouvements citoyens, fortement soutenus par la population, ainsi que les recours judiciaires.

Un premier recours de notre association ASSAUPAMAR avait conduit le Préfet en Décembre 2015 à interdire l’utilisation du charbon pour l’exploitation de l’usine, au profit de la seule biomasse bois. Un artifice qui n’était absolument pas en mesure de répondre à nos revendications dans la mesure où bien entendu les émanations toxiques du projet demeuraient, sans parler de l’aberration majeure initiale liée au fait d’importer du combustible sur une île dotée de toutes les ressources renouvelables nécessaires à son indépendance énergétique.

Au fur et à mesure des mois notre action a suscité une réelle mobilisation de l’opinion publique martiniquaise justifiée par l’absence évidente d’intérêt de ce projet pour le développement de notre territoire, cette centrale thermique constituant à l’inverse une véritable menace pour la préservation de notre environnement déjà meurtri par le chlordécone. Rappelons qu’à l’époque de l’utilisation de ce poison, toutes les dérogations ont été acceptées pour des raisons économiques, balayant les très nombreuses études prouvant la dangerosité et la persistance extrêmes de cette molécule dans l’environnement, jusqu’à créer une situation sanitaire catastrophique pour la population martiniquaise et guadeloupéenne, dont les cas de cancer atteignent des records du fait d’un biotope pollué pour des centaines d’années. Allons-nous reproduire encore une fois cette triste page de notre histoire ?

Quant au projet Albioma-Galion 2, paradoxalement, ce sont d’abord les juges qui ont pris la mesure de la dangerosité de ce projet, en imposant à cet opérateur privé, à l’initiative de l’ASSAUPAMAR, le respect des prescriptions d’usages quant à la loi sur l’eau. Et pourtant, bien que le projet Galion 2 ait fait l’objet d’une suspension d’autorisation d’exploiter émis par le tribunal administratif en Octobre 2016, Albioma profite de la période de l’appel de la décision en se livrant à une véritable course poursuite en accélérant les travaux, tout en communiquant déjà auprès des martiniquais pour évoquer d’hypothétiques créations d’emploi.

Aujourd’hui, fidèle à ses pratiques, cette même société développe une stratégie de dissimulation et d’intimidation sur l’île de Marie-Galante, où la multinationale tente de montrer qu’elle est en position de force et qu’elle pourra passer outre le refus unanime du projet par les Maires des trois communes de Marie-Galante.

Aujourd’hui, de nombreux élus accompagnés par la population de Guadeloupe et de Martinique font front commun pour ne pas se voir imposer la destruction de leur territoire par des énergies polluantes, démontrant une volonté ferme de permettre une transition énergétique et écologique d’autant plus impérative que nos deux îles, je le souligne à nouveau, continuent de subir les trop nombreuses souffrances engendrées par le chlordécone.

Les projets de centrale thermique constituent une grave atteinte à la qualité de l’air en libérant dans l’atmosphère des quantités massives de gaz à effets de serre ainsi que des polluants extrêmement dangereux pour la santé, d’autant plus dangereux pour nos îles qui reçoivent de surcroît les particules fines venant du Sahara. Que ce soit en Martinique ou à Marie-Galante, la transition des projets de centrales thermiques au bois, ne pourra nous tromper : de nombreuses études scientifiques ont démontré que les centrales thermiques électriques 100% biomasse sont tout aussi polluantes que les centrales à charbon fossile. Plus de 55% des émissions de CO₂ à la Martinique sont dues aux centrales thermiques : au lendemain de l’engagement fort de la France à la COP21 et COP 22, que devient la lutte contre l’effet de serre dans les Antilles françaises ? En Martinique, chaque jour, une personne meurt prématurément à cause de la pollution de l’air. Cet enjeu sanitaire de premier ordre ne peut être éludé et nous conduit aujourd’hui à attaquer l’Etat en justice pour empoisonnement.

La logique de maintien de ces projets d’usines thermiques ne peut même pas se comprendre par une rationalité strictement économique puisque cette énergie coûte jusqu’à 2 fois plus cher que les énergies solaires, éoliennes ou géothermiques, dont les îles de Guadeloupe et de Martinique peuvent disposer en abondance.

Par ailleurs par leur fonctionnement – basées sur la combustion de bois importé – ces unités de production ne concourent en rien à l’indépendance énergétique de nos îles. Comment peut-on parler de transition énergétique ou écologique quand 80% de la biomasse, (bois), qui alimente cette unité de cogénération provient du Brésil, et/ou d’Amérique du Nord ?

Notre responsabilité face aux futures générations nous impose aujourd’hui d’emprunter un chemin différent de tous ceux qui ont accepté voire imposé que le chlordécone ravage notre environnement au prétexte d’un impératif économique infondé en ayant enfin de l’ambition pour le développement et l’autonomie de nos territoires.

Madame la Ministre, en matière de souveraineté énergétique menée en cohérence avec la lutte contre le réchauffement climatique, vous avez montré le chemin par la création historique d’une Loi relative à la Transition Energétique pour la Croissance Verte, préconisant ardemment le développement d’énergies décarbonées lorsqu’elles sont disponibles.

Cette vision est partagée par les peuples de Martinique, de Marie-Galante et de Guadeloupe qui en appellent aujourd’hui à votre soutien pour mener à bien leur projet de transition énergétique et pour qu’enfin le dispositif de CSPE – financé par le contribuable – ne participe plus au maintien de l’empoisonnement de nos populations mais concourt au contraire à un futur plus désirable pour nos enfants.

Madame la Ministre vous êtes la seule à pouvoir porter cette politique ambitieuse et à démontrer que vos sincères convictions en matière d’écologie indiquent une stratégie qui est une et indivisible, qu’elle soit mise en œuvre à Paris, à Fort-de-France ou à Point-à-Pitre.

Aujourd’hui, avec les technologies qui sont à notre portée, vous pouvez arrêter la poursuite des travaux quant à l’implantation d’Albioma au Galion et interdire tout permis à Albioma à Marie-Galante.

Ne pas le faire c’est aller à l’encontre de votre loi et de votre politique.

Ne pas le faire c’est venir renforcer la catastrophe sanitaire générée déjà par le chlordécone.

Ne pas le faire c’est démontrer que la santé et le bien être des antillais n’ont pas autant de valeur que ceux des parisiens.

Nous sommes solidaires des populations et des élus de Marie-galante qui veulent faire de leur île une île durable exemplaire en autonomie énergétique. Avec eux nous croyons que l’autonomie énergétique décarbonée n’est pas une – mais LA seule solution pour nos deux territoires – et nous comptons sur la détermination qui vous caractérise pour nous accompagner dans cette démarche.

GARCIN

Monsieur Garcin MALSA,

Président d’honneur de l’association écologiste ASSAUPAMAR

Maire Honoraire de Saint-Anne, Martinique

Membre du secrétariat NOU PÈP LA

 

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Annexe 1 : Article de presse relatant la décision du tribunal administratif annulant l’arrêté préfectoral du 14 mars 2014 autorisant l’exploitation de l’usine de cogénération – 07/10/2016

 

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Annexe 2 : Article de presse relatant les manifestations liées au projet Galion 2 porté par Albioma – 26/08/2016

 
 

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